| Chorégraphies millénaires création contemporaine indienne Raghunath Manet et sa bayadère modernisent la danse sacrée de l'Inde |
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Raghunath Manet (site officiel http://www.raghunathmanet.com) dévoile des chorégraphies millénaires qui lui ont été transmises par les grands maîtres de danse et les danseuses de temple, et sur les bases desquelles le cinéma indien s'appuie encore aujourd'hui. On perçoit alors la continuité et l'influence des arts ancestraux dans la création contemporaine indienne. ANJALI signifie "salutation"; il s'agit ici de célébrer l'Art indien Comme le nez de Cléopâtre, si Raghunath Manet n'avait pas été doté d'un tel physique, peut-être n'aurait-il jamais osé bousculer à ce point l'orthodoxie du bharata-nâtyam, danse du sud de l'Inde, le plus souvent réservée aux femmes. "Les brahmanes ont accaparé l'art qui était celui des vestales sacrées des temples, explique-t-il. Dans le jugement qui est porté sur une danseuse entrent aussi la couleur claire de sa peau, sa beauté, la richesse de son costume. Au début, les puristes se demandaient en me voyant qui était cet homme si noir de peau, qui de surcroît prétendait danser." Venant de la marge, Raghunath Manet a développé avec beaucoup d'intelligence son excentricité. Son narcissisme, très travaillé, né sûrement de son désir d'exister fortement face aux usages, confine aujourd'hui au chef-d'œuvre. A la scène comme à la ville. Mais n'oubliant jamais d'où il vient, tourné vers les autres, ouvrant pour les enfants en difficulté une académie de musique et de danse à Pondichéry, sa ville natale. C'est ce travail de terrain, financé par le seul argent des tournées, qui a attiré à lui les anciennes bayadères, danseuses chassées des temples par les lois britanniques, le plus souvent pour cause de prostitution, et qui avaient trouvé refuge à Pondichéry, alors sous tutelle française. Indra Rajan, avec laquelle il se produit à Paris, est une des dernières rescapées. C'est avec elle, et autour de son talent tonitruant, qu'il a conçu sa création, tout simplement nommée Pondichéry. On ne dira pas l'âge d'Indra Rajan, disons simplement qu'elle est sublime. Truculente, populaire, quintessence du mime : d'un haussement de sourcil, elle raconte une anecdote, d'un roulement de ses yeux, une épopée en dix volumes. Mais c'est sa danse qui nous est apparue radieuse : n'ayant besoin de rien prouver, se situant presque dans l'esquisse, on voit pourtant le mouvement se glisser jusqu'au bout de ses doigts arqués. Avec Raghunath Manet, elle forme une paire désireuse de se faire comprendre, loin du tintouin indien et (faussement) savant qui entoure souvent le bharata-nâtyam, mais aussi toutes les autres formes de danses que l'on trouve en Inde (kathakali, odissi, kathak, manipuri). Et quelle chanteuse, avec sa voix qui ordonne. Et que ça saute ! Raghunath Manet, lui-même excellent musicien, premier prix de veena, diplômé de la prestigieuse Académie Kalâkshêtra de Madras, accomplit les pas traditionnels, prend les attitudes et les poses, trop heureux d'obéir à cette voix revenue de tout, dominatrice, que relaient les tonalités plus extatiques de Prema Kumar, accompagnée des percussionnistes Mani Ankappan et Sendil Kumar. DOUCE FOLIE PLANANTE Subasreen Natarajan, toute jeune élève d'Indra Rajan, a l'air de découvrir le monde. Tout comme Bambi. Quant à Raghunath Manet, il n'hésite pas à s'offrir un festival de costumes. En blanc brodé d'or pour jouer de la veena, puis torse nu pour danser, en pantalon bleu, puis vert, rouge. Collier d'or, grelots aux chevilles, il est inouï, il est trop, kitsch peut-être (mais qui ne l'est pas en Inde pour un œil occidental ?). Pour l'avoir vu danser assez souvent, on sait qu'il possède cette douce folie planante qui lui permet de vivre son art exactement comme il l'imagine. Ce 27 novembre, stimulé par la présence d'Indra Rajan, il est plus que jamais Raghunath rock'n'roll, sérieusement épaulé par les joueurs de tambours. L'homme a bâti son propre circuit. L'an dernier, il avait choisi le Cirque d'hiver pour son spectacle avec le violoniste Didier Lock- wood, et l'Amphithéâtre de l'Opéra Bastille pour présenter Chidambaram. Tout n'a pas toujours été aussi rose, on l'a parfois vu danser dans des salles affreuses, ambiance qui ne changeait rien à son humeur ni à celle de Didier Bellocq, son producteur et ami. Un CD des musiques de Pondichéry vient de sortir chez Dreyfus. L'artiste et musicien compte à ce jour une dizaine d'œuvres. Et sa maison de disques s'apprête à le faire jouer avec d'autres personnalités du jazz. On parle de Michel Portal. Concernant les publications, on peut se procurer, traduits en français, Bharata-Nâtyam, du temple à la scène, Les Bayadères, La Musique carnatique. Tous écrits par Raghunath Manet, homme-orchestre en Technicolor. |
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